La plongée en littérature gourmande continue aujourd'hui avec :
Albert Cohen (1895-1981)
« Le livre de ma mère »

 

Albert Cohen, fils de commerçants juifs, est né à Corfou, a vécu une partie de sa jeunesse à Marseille, puis s’est établi en Suisse.
Il nous livre ici l’émouvant témoignage de respect, d’amour filial, à sa  mère disparue.
Mère méditerranéenne par excellence, le dévouement, la dévotion que celle ci portait à son mari et à son fils, ont été les fils conducteurs de sa vie.

Dans cet extrait, la mère de l’auteur attend son mari et  son fils de retour de la synagogue.
Elle soigne sa toilette, soucieuse de leur plaire, et s’affaire en cuisine pour susciter leur admiration.

Extrait

[Elle restait là, assise et toute amour familial, à leur énumérer déjà en pensée tout ce qu’elle avait cuisiné et lavé et rangé. De temps à autre, elle allait à la cuisine faire, de ses petites mains où brillait une auguste alliance, d’inutiles et gracieux tapotements artistes avec la cuiller en bois sur des boulettes de viandes qui mijotaient dans le coulis grenat des tomates. Ses petites mains potelées et de peau si fine, dont je la complimentais avec un peu d’hypocrisie et beaucoup d’amour, car son contentement me ravissait.
Elle était si adroite pour la cuisine, si maladroite pour tout le reste. Mais dans la cuisine où elle gardait son pimpant de vieille dame, quel fameux capitaine résolu elle était ? Naïfs tapotements de ma mère en sa cuisine, tapotements de la cuiller sur les boulettes, ô rites, sages tapotements tendres et mignons, absurdes et inefficaces, si aimants et satisfaits, et qui disiez son âme rassérénée de voir que tout allait bien, que les boulettes étaient parfaites et seraient approuvées par des deux difficiles, ô très avisés et nigauds tapotements à jamais disparus, tapotements de ma mère qui toute seule, imperceptiblement souriait en sa cuisine, grâce gauche et majestueuse, majesté de ma mère ……]

 

Mon interprétation
La famille de l’auteur est originaire de Corfou, ces boulettes sont cuisinées à la grecque, avec de la viande d’agneau, de l’origan et de la féta, fromage emblématique de la Grèce.

 

Boulettes d’agneau aux épinards et à la féta

Pour une douzaine de boulettes
400g de viande d’agneau
200g d’épinards cuits bien égouttés
100g de féta ( sauf pour les personnes de confession juive : voir mon commentaire  sous cet article )
Un œuf
250ml de coulis de tomates
Sel, poivre, huile d’olive
Origan
Poivre rouge cambodia fraîchement concassé, à ajouter au service.

Hacher la viande
La mettre dans une terrine, ajouter les épinards coupés finement au couteau, l’œuf, le sel et bien malaxer le tout

Ajouter la féta grossièrement émiettée
Mettre au frais pour une heure

Former les boulettes de la taille d’une petite clémentine
Les déposer au fur et à mesure dans un plat huilé, allant au four
Recouvrir de coulis de tomate
Arroser d’un trait d’huile d’olive
Parsemer d’origan

Mettre au four 180 à 200 ° pour 40mn

En saison, vous servirez ces boulettes avec des aubergines frites à l’huile d’olive
Ici, vous pouvez proposer du riz blanc tout simplement

Si vous voulez, comme la maman de l’auteur «  tapoter vos boulettes », vous ferez la cuisson en sauteuse, dans ce cas il faudra fariner légèrement les boulettes et les dorer dans de l’huile d’olive. Verser le coulis ensuite et laisser cuire 30mn environ

 

boulettes___la_grecque_A_Cohen

La recette de ce plat parfumé à suivre aussi ici sur FdV ( ce lien semble rompu)